je n'aime pas le skate

, Payam Sharifi

Le skate est une pratique autiste, d'un sport lui-même autiste.

L'histoire du skate est assez récente.

Il y a peu, les skaters étaient perçus comme des parias par une société qui les déconsidérait. Les jeunes traînaient autour de centres commerciaux et de parkings désaffectés jusqu'à ce que les vigiles les en chassent. Les parents pensaient que le choix de leurs enfants de porter des jeans à moitié déchirés était l'indice d'une délinquance potentielle, ce qui, mêlé au sentiment calviniste "L'oisiveté est mère de tous les vices", rendait les dits parents inquiets. Mais, à l'opposé de son image dure et intransigeante, le skater est quelqu'un de plutôt niais et doux. Maintenant, devenus les enfants gâtés de la vouth culture, ils se souviennent toujours de l'époque où ils étaient marginalisés ; ce qui détermine leur tolérance. Aux yeux du skater, chacun a le droit d'avoir son avis. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise opinion. Même si dans leur langage on ne voit presque que de l'absolutisme, témoin leurs slogans : Skater till I die/ Bad Boy, etc.

comparé à la présence de la culture du skate dans notre paysage visuel, il reste vraiment très peu de skaters.

Le skate privilégie le style à la substance.

C'est pour cette raison que son mode de vie a autant infiltré la mode, les arts mineurs et la publicité. Le skate, c'est comme le Brésil. Comparé à la présence de la culture du skate dans notre paysage visuel, il reste vraiment très peu de skaters. On pourrait dire la même chose du Brésil. Ce qui a commencé comme une certaine curiosité pour ce grand pays hétérogène et démocratique est devenu une combinaison de couleurs, jaune et verte, qui confère à toute chose une lueur positiviste. Le skate continu d'être confondu avec le punk et la tendance anti-establishment, ce qui ne pourrait être plus éloigné de la réalité. Aujourd'hui phénomène hégémonique de notre culture, ses premières traces remontent aux riches banlieues californiennes. Parfois il vaut mieux laisser ce qui est marginalisé le rester.

Le skate est un sport aryen.

En fait, il fait partie d'un triumvirat de sports aryens qui utilise un morceau de bois plus long que large. Les deux autres? Le surf et le snowboard. Tous trois ont une durée d'apprentissage assez considérable et sont rarement pratiqués par ceux dont le temps de loisirs est restreint. Bien sûr, il y a des Noirs dans le skate. Mais suffisamment peu pour générer des pages de discussion sur les sites ou dans les magazines de skate. Il y a des Noirs dans le baseball aussi, mais demandez à n'importe quel Noir si le baseball n'est pas un sport de Blancs et vous aurez une réponse aussi valable pour le skate. Au fait, au baseball aussi on se sert d'un morceau de bois plus long que large.

Les skaters ne sont pas très bons en orthographe.

Ce sont d'ailleurs les précurseurs de cet autre groupe, également oisif, et peu doué en orthographe : les adeptes du chat sur Internet. Le skater a initié une mutation acceptable et adulte de la langue écrite. Comme tout bon pionnier, il a commencé avec lui-même. Donc, skater devient "sk8er", love, "luv" et was, "wuz". Ce n'est pas une question d'efficacité mais plutôt une revendication de la léthargie comme mode de vie soi-disant alternative. Y a-t-il une mort de la langue écrite? Non, il n'y a que des assassinats.

Le skate a introduit le mot "poseur" dans l'anglais parlé.

Un poseur (vous risquez plutôt de rencontrer pozer) est quelqu'un qui porte les dernières tenues de skate, s'achète le meilleur board mais ne fait rien d'autre que de s'asseoir au bon endroit et de regarder les autres skaters skater. Un poseur est quelqu'un pour qui le style est plus important que la substance. Il suffit de passer un peu de temps avec des skaters pour comprendre que s'il n'est pas le plus important, le style est au moins aussi important que le reste. Une pirouette assez satisfaisante: le sport le plus conscient du style fait son unique contribution linguistique en forme d'autocritique.