jean-michel othoniel

N°27 Spring 17 , Emma Barakatt

Il appartient à cette catégorie d’artistes dont on identifie les créations au premier coup d’œil : Jean-Michel Othoniel semble naviguer entre art et luxe, travail personnel et commande, sans opérer de réels compromis. Portrait en 7 familles.

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Son complice
Le sculpteur belge Johan Creten est, à la ville, le compagnon de Jean-Michel Othoniel. La rencontre s’est faite alors que les deux artistes étaient pensionnaires de la Villa Médicis, en 1996. C’est dans ce cadre que l’artiste du verre et celui de la céramique ont appris à découvrir et apprécier le travail de l’autre. Depuis, un fidèle compagnonnage s’est bâti avec l’aide de la fée Marino, qui mêle abondamment le travail des deux complices dans une vingtaine de boutiques Chanel.

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Son meilleur vendeur
Le célèbre architecte d’intérieur américain Peter Marino est sans doute le meilleur VRP du travail d’Othoniel. L’homme en total look cuir est l’architecte des boutiques Chanel (mais aussi de Dior) dans lesquelles les œuvres d’Othoniel sont toujours en bonne place. Leur complicité éclate dans une spectaculaire installation de 6 x 5 m, Black Rosary, exposée en 2004 à l’entrée de la rétrospective que le musée de Miami a consacré à Peter Marino. L’imposant rideau mêle perles noires, sphères mercurisées et butt plugs en verre rouge.

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Son musée
Bien que le centre Pompidou fut le musée qui célébra, de façon la plus éclatante, son travail, c’est certainement le musée de sa ville, Saint-Étienne, qui fut le plus déterminant dans sa vie d’artiste. À l’âge de 6 ans, il découvre l’œuvre de Robert Morris, artiste minimal américain. Les amples sculptures en feutre qui invitent les visiteurs à s’y blottir évoquent chez le garçon une idée de jeu et de joie. Il dira plus tard que c’est lors de la visite de cette exposition qu’il réalise qu’on peut produire de la beauté avec pas grand-chose et devint un visiteur régulier de l’établissement, avouant même que « c’est le seul endroit où on s’amusait dans cette ville ».

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Sa marque
Outre la RATP, pour laquelle il a imaginé en 1996 l’entrée de la station Palais-Royal-Musée-du-Louvre, ou même l’Église qui lui a commandé, l’an passé, la conception de la salle du trésor et des vitraux de la cathédrale d’Angoulême, c’est certainement à Chanel qu’il associe le plus fréquemment ses créations. Au point de remplir la vitrine de la boutique de Beverly Hills et d’habiller la majestueuse cage d’escalier de la nouvelle boutique de New Bond Street, à Londres. Avec la complicité de Peter Marino, toujours, aucun flagship de la marque n’échappe à ses colliers géants qui sonnent, aux quatre coins du monde, comme un hommage à Coco : Pékin, Shanghai, Shenyang en Chine, Tokyo, Londres, New York, Hong Kong et Paris.

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Son souffleur
Si Jean-Michel Othoniel fut un fervent admirateur de l’artisanat de Murano, la petite île située dans la lagune de Venise, c’est en Suisse, aux environs de Bâle, que sont désormais fabriquées la plupart de ses œuvres. Matteo Gonet, compagnon du devoir et formé au design à Amsterdam, travaille au Cirva, à Marseille, au tournant des années 2000. C’est là qu’il rencontre Othoniel et, lorsque le souffleur de verre décide d’installer son atelier en Suisse, assisté d’une quinzaine d’apprentis, l’artiste est son premier client. C’est de là que sortiront la plupart des créations commandées par Chanel, ainsi que les éléments qui constituent la station de métro Palais-Royal. Outre Othoniel, Gonet travaille désormais pour le designer Mathieu Lehanneur ou l’artiste Valentin Caron.

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Son galeriste
C’est chez Ghislaine Hussenot qu’il exposera pour la première fois, dès 1990. Mais au tournant des années 2000, son ambition rencontre celle d’un jeune galeriste passionné, Emmanuel Perrotin. Dès lors, les projets fusent et mêlent commandes publiques et privées, collaborations avec des marques et installations lointaines. Dans l’écurie du galeriste désormais présent à New York, Hong Kong et Séoul, Othoniel a longtemps été l’artiste français le plus visible et sans doute le plus rentable… jusqu’à l’arrivée du méchant JR.

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Son écrivain
Pour accompagner la publication sur papier de ses œuvres, par Flammarion en 2006, il fait appel à Christine Angot, pour assurer la préface de l’ouvrage. Mais, comme à son habitude, l’écrivain n’écoutera que son inspiration et c’est finalement un portrait (romancé ?) qu’elle livre à l’éditeur. Un récit décrivant une vie où il est question du viol d’un jeune garçon et des cicatrices qui suivront.