maurizio cattelan

N°21 Fall 15 , Emma Barakatt

De foires en biennales, de ventes aux enchères en vernissages, Emma Barakatt court le petit monde de l’art contemporain depuis quelques décennies. Peu bavarde et très curieuse, elle retient tout ce qu’on lui dit. Puisque le réseau d’influence d’un artiste est devenu presque aussi important que ses œuvres, Emma Barakatt proposera chaque trimestre de ranger et cartographier ses fiches. Et le tout, en jouant aux 7 familles.

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La marque

Cattelan a toujours jonglé avec les domaines et les casquettes. Mais c’est une fois abandonnée sa carrière d’artiste qu’il développe des collaborations tous azimuts. En 2013, alors que l’aventure Toiletpaper bat son plein, Kenzo fait appel à lui pour donner un shoot d’adrénaline à sa campagne automne-hiver. Son esthétique surréaliste fait merveille en offrant une patte arty à la marque déclinante. Schizophrène, il devient au même moment l’égérie mâle de Berluti (qui appartient également à LVMH, comme Kenzo). Cattelan est à la fois une gueule et un esprit, c’est aussi un iconoclaste qui sait se tenir. En plus, il est italien… ce qui tombe à point pour réveiller l’ADN italien de la marque française.

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Le complice

Cattelan a besoin de complices avec lesquels il construit de fortes relations créatives. Il rencontre Pierpaolo Ferrari grâce à Dennis Freedman, à l’époque directeur artistique du magazine W, qui invite les deux Italiens à produire des images pour son « art issue » de 2009. Depuis, ils ne se quittent plus et ont créé Toiletpaper, magazine/agence/usine à produits dérivés et à succès.

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La collectionneuse

Si, aujourd’hui, les collectionneurs d’art contemporain font grand bruit de l’ampleur et du catalogue de leur collection, un épais mystère entoure les dates auxquelles ils acquièrent telle ou telle œuvre. C’est sans doute la seule donnée pertinente, car elle traduit la curiosité et l’audace de chacun. Si Peter Brant ou François Pinault comptent parmi les plus importants collectionneurs de Cattelan, la plus précoce, selon toute vraisemblance, fut la Piémontaise Patrizia Sandretto Re Rebaudengo. En effet, dès 1997, elle expose Maurizio Cattelan dans son espace à Turin… rien d’étonnant pour cette collectionneuse avisée, qui s’était attaché, dès la création de sa fondation deux ans plus tôt, les services de… Francesco Bonami.

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Le commissaire

En 2011, Nancy Spector, conservatrice du musée Guggenheim de New York, a la responsabilité (et certains lui envieront ce privilège) d’organiser la dernière exposition de Cattelan. « All », rétrospective définitive, prend la forme d’un immense tourbillon qui emporte toutes les œuvres de l’artiste et qui occupe tout l’atrium du musée. Mais cette exposition pourrait ne pas être la dernière… il se murmure qu’un projet parisien serait à l’étude.

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La maîtresse

Avec Paola Manfrin, Cattelan a un coup de foudre. Directrice artistique de l’agence de publicité McCann Erickson à Milan, elle devient accro au talent de Cattelan, qui à son tour se nourrit de ce qu’elle lui raconte du monde de la publicité. Ils eurent un enfant : le magazine Permanent food, né en 1995, grâce à la complicité du Consortium (centre d’art de Dijon). Après quinze parutions, l’aventure se clôt en 2007 avec un numéro consacré au style italien – qui fut commandé par Francesco Bonami pour le salon PittiUomo.

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Le critique

C’est en 1993 que Francesco Bonami, critique italien multicarte, véritable parrain d’une entière génération d’artistes et de commissaires d’exposition italiens, invita Maurizio Cattelan à la Biennale de Venise, dont il était le directeur artistique. Ce fut alors ses premiers pas dans le (grand) monde de l’art.

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Le galeriste

Bonami souffla le nom de Cattelan à Massimo de Carlo, le grand galeriste milanais. Sans tarder, il lui consacre en 1993 sa première exposition monographique à Milan. Il croit tellement en ce jeune artiste provocateur qu’il se laissera scotcher par son talent durant les quelques heures du vernissage. De Carlo allume la mèche d’une épidémie joyeuse : Naples, Londres, New York et Cologne suivront. Paris le découvrira en 1995, grâce à Emmanuel Perrotin.