ai weiwei

N°22 Winter 15 , Emma Barakatt

Il est partout et nulle part – physiquement du moins, puisque assigné à résidence en Chine. Ai Weiwei aime à fabriquer sa propre mythologie parallèlement à ses œuvres. Artiste politique, bon communicant et pas mauvais vendeur… il ne fallait pas moins de 7 familles pour cerner l’artiste et le personnage.

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La maison de ventes aux enchères
C’est chez Phillips (maison d’origine britannique, mais détenue par le groupe russe Mercury) que l’artiste chinois battra ses deux derniers records aux enchères. Le dernier en date, en juin 2015, s’est établi à 3,5 M£ (soit 5,5 M$) pour une série de 12 bronzes représentant les signes du zodiaque chinois. La même œuvre, mais en version dorée, s’était vendue (toujours chez Phillips) à Londres quelques mois plus tôt (en février) 2,8 M£ (soit 4,4 M$). Il se disait à l’époque que l’acheteur des 12 statues dorées était le fondateur de Napster, Sean Parker.

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Le musée
La Tate Modern de Londres a été le principal moteur de sa reconnaissance occidentale. Cet orfèvre de la contestation sera sollicité pour investir le Turbine Hall en 2010 avec une installation de plusieurs millions de fausses graines de tournesol en porcelaine peintes à la main. Cette installation devait être foulée par les pas des visiteurs invités à s’allonger sur ce matelas de graines. Las, au bout de quelques jours, la poussière engendrée par l’installation fut déclarée nocive et l’installation fut fermée au public. Ce raté assurera la promotion de l’artiste dissident en Europe.

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Le collectionneur
L’une des principales cordes à l’arc de l’artiste chinois est son opposition au régime chinois. Dès lors, il n’est pas étonnant de trouver ses plus grands collectionneurs sur le continent américain. Sensible ou pas au China bashing qu’Ai Weiwei n’hésite pas à mettre en forme et en scène, Christopher Tsai, un financier de la côte est, serait son plus fervent mécène au point d’avoir fait construire une maison par l’artiste-architecte dans la campagne de l’État de New York.

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Les architectes
Lui-même architecte, Ai Weiwei a créé son studio d’architecture et de design Fake Design. Actif dès la fin des années 1990, il s’est rapproché du duo suisse Herzog & de Meuron. Leur première réalisation commune sera le stade de Pekin pour les jeux Olympiques de 2008. En forme de nid d’oiseau, ce bâtiment sera l’un des symboles forts de ces olympiades. En 2012, ce trio insolite collaborera à nouveau sur le Pavillon de la Serpentine Gallery installé (éphémèrement) à Kensington Gardens.

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La marque
Ai Weiwei se dit être né activiste et entretient des relations compliquées avec les marques, qui ne parviennent pas à le domestiquer. Dernier épisode de ce feuilleton, le boycott que la célèbre marque danoise Lego a annoncé mi-octobre. L’artiste avait en effet conçu une œuvre faite de Lego sur le thème de la liberté d’expression. Pour ce faire, une commande impressionnante avait été passée au fabricant. Trop importante pour ne pas rester inaperçue… et conduire l’entreprise à ne pas y répondre favorablement ! Hurlant à la censure, la riposte de l’artiste n’a pas tardé : la Royal Academy de Londres (qui propose jusqu’en décembre une exposition dédiée à Weiwei) a appelé les visiteurs à offrir des briquettes, à déposer dans une décapotable garée dans la cour du musée. Une décapotable BMW, marque systématiquement citée dans la communication de l’opération… Attendons de voir si l’artiste gare sa BMW en double file devant le Bon Marché début janvier !

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La femme de sa vie
Fuyant la Chine, Wang Fen s’est installée en Allemagne l’an passé. Celle qui est la mère du fils de l’artiste est aussi une documentariste active qui a fait de leur installation à Berlin le sujet de son prochain film : Berlin, I Love You. Le personnage principal en sera Ai Lao, leur fils de 6 ans, qui découvre la capitale allemande et son histoire déchirée. Privé de son passeport, Ai Weiwei n’est pas loin : via Skype, il contrôle et dirige certaines scènes depuis la Chine… et espère pouvoir assister à la première projection du film lors de la prochaine Berlinale.

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Le critique
Pour les lecteurs avertis, le nom du critique et commissaire d’exposition suisse Hans Ulrich Obrist semble un lieu commun tant son omniprésence est patente. Sur tous les fronts, avec tous les artistes, émergents ou consacrés. Dans le cas d’Ai Weiwei, on peut lui reconnaître d’avoir eu du flair. En 2009, Obrist cosigne la première monographie consacrée à l’artiste chez Phaidon. Deux ans plus tard, chez Penguin, un livre d’entretiens sobrement intitulé Ai Weiwei speaks. Mais c’est plutôt l’absence de tout texte d’Obrist après ces opus qui peut poser question… Si certains parlent d’une fâcherie entre les deux hommes, elle illustrerait le caractère imprévisible de l’artiste, qui peine à rassembler des alliés. Le pro des réseaux sociaux serait-il, au fond, asocial ?