notes sur la mode japonaise, 1970-2000

N°19 Spring 15 , Alice Morin

Dans le Paris des années 1980, émergent un certain nombre de créateurs qui y mèneront carrière, dont certains venus du Japon. Leurs noms sont nouveaux et leurs vêtements sans compromis. Le succès est immédiat et influencera les décennies suivantes.

Repères historiques et esthétiques

• C’est en 1981 que la vague japonaise déferle sur Paris, avec le premier défilé-événement de Yohji Yamamoto et de Rei Kawakubo pour Comme des Garçons organisé conjointement. Son succès immédiat fait écho à celui d’un maître déjà établi, Issey Miyake, qui défile dans la capitale depuis 1973. Leur proposition de mode est avant-gardiste, intellectuelle ; une mode au-delà de la mode.

Comme des Garçons, SS 2015

• Ces créateurs japonais se singularisent par le choix des tissus (qu’ils soient plissés chez Miyake, reprenant une tradition japonaise, ou déjà usagés chez Yamamoto), par le patronage à plat hérité du kimono, ou par une certaine sobriété, reflet de la vision nippone d’une mode strictement cloisonnée en termes de classe.

• La remise en cause du genre est frontale, avec des vêtements unisexes, peu ajustés. Pour ne citer que l’exemple le plus célèbre, la collection Dress to Body de Rei Kawakubo en 1997, avec ses bosses et ses volumes inattendus, illustre la rébellion contre les normes occidentales de beauté, contre le corps parfait et lisse érigé en diktat.

• Le projet A-POC (A Piece Of Cloth) d’Issey Miyake combine plusieurs éléments : innovation technologique (il imagine un tube ne réclamant qu’une seule couture ou aucune dans le cas de la maille, résultant en une pièce à usage multiple), recherche de perfection sobre, qualifiée de visionnaire, et volonté de s’inscrire dans le long terme à travers une préoccupation écologique en porte-à-faux avec l’époque consumériste.

Yohji Yamamoto, FW 1996-1997

• On s’interroge parfois sur un usage trivial du terme « avant-garde », mais cette vague japonaise annonce indéniablement la mode des années 1990, avec sa sombre sobriété et son ironie critique.

Note: ce texte est complété par les interviews de Cédric Saint André Perrin et de Roy Genty sur le sujet.